Le cours de l’action Stellantis a perdu près de la moitié de sa valeur en dix-huit mois. Les actionnaires voient fondre leur capital tandis que les ventes reculent sur les principaux marchés. Le départ brutal de Carlos Tavares en décembre 2024 a renforcé l’incertitude, et la nomination d’Antonio Filosa peine encore à rassurer. Cet article décortique les chiffres, les risques géopolitiques et les scénarios de rebond possibles d’ici 2027.
Sommaire de l'article
La trajectoire boursière du titre depuis la fusion
Issu de la fusion entre PSA et Fiat Chrysler en janvier 2021, le groupe Stellantis a connu une ascension fulgurante avant de basculer dans une phase corrective sévère. Le titre se négocie simultanément sur Euronext Paris, la Borsa Italiana et le NYSE, ce qui en fait l’un des dossiers automobiles les plus liquides au monde.
Du record 2024 au creux 2025
En mars 2024, l’action Stellantis en bourse culminait autour de 27 euros, portée par des marges records et un plan de retour aux actionnaires généreux. Douze mois plus tard, le cours évoluait sous les 9 euros, soit une chute supérieure à 65 %.
La dégringolade s’explique par un cumul de mauvaises nouvelles : avertissement sur résultats à l’été 2024, surstockage aux États-Unis, recul des ventes en Europe et tensions ouvertes entre Carlos Tavares et le conseil d’administration. Son départ précipité en décembre a déclenché une nouvelle vague de ventes.
Volumes et volatilité observés
Les volumes échangés ont triplé lors des séances post-publication des comptes semestriels 2024. La volatilité implicite à un mois est passée de 28 % à plus de 55 %, signe d’une nervosité durable du marché.
Depuis la nomination d’Antonio Filosa à la direction générale en juin 2025, le titre tente de stabiliser une base technique autour de 8 à 10 euros. Les investisseurs guettent le moindre signe de redressement opérationnel pour reconstituer leurs positions.
| Date | Ouverture | Haut | Bas | Clôture |
|---|---|---|---|---|
| 2023-10-02 | 15.20€ | 15.50€ | 15.00€ | 15.30€ |
| 2023-10-03 | 15.30€ | 15.60€ | 15.10€ | 15.40€ |
| 2023-10-04 | 15.40€ | 15.70€ | 15.20€ | 15.50€ |
| 2023-10-05 | 15.50€ | 15.80€ | 15.30€ | 15.60€ |
Les fondamentaux financiers actualisés
Derrière le bruit boursier, les chiffres dessinent un constructeur encore solide financièrement mais confronté à une érosion rapide de sa rentabilité historique.
Chiffre d’affaires par région
Le chiffre d’affaires consolidé 2024 s’est établi à 156,9 milliards d’euros, en recul de 17 % sur un an. L’Amérique du Nord pèse encore 42 % du total, l’Europe élargie 38 %, l’Amérique du Sud 9 %, et le reste du monde environ 11 %.
Le recul vient principalement des États-Unis, où les ventes ont chuté de 22 % à cause d’un déstockage massif chez les concessionnaires. L’Europe résiste mieux grâce aux marques Peugeot, Citroën, Opel et Fiat, mais subit la pression chinoise sur les segments d’entrée de gamme.
Marge opérationnelle ajustée
La marge opérationnelle ajustée du groupe Stellantis est tombée à 5,5 % en 2024 contre 12,8 % en 2023. C’est le plus mauvais niveau depuis la fusion, loin des standards fixés par le plan Dare Forward 2030.
Le free cash flow industriel est redevenu négatif à -6 milliards d’euros, contraignant le groupe à entamer sa trésorerie. La dette industrielle nette reste maîtrisée mais le dividende annoncé pour 2025 sera amputé de près de 70 %, et le programme buyback est suspendu.
Calculateur de Rentabilité d'Investissement Stellantis
Estimez votre rentabilité d'investissement dans l'action Stellantis
L’angle géopolitique du grand écart industriel États-Unis Europe
C’est probablement la variable la plus sous-estimée par les analystes. Les nouveaux tarifs douaniers américains instaurés début 2025 frappent durement les véhicules importés du Mexique et du Canada, deux pays où Stellantis produit massivement ses Jeep, Dodge, Chrysler et certains pick-up Ram.
Aux États-Unis, malgré ces tarifs, la marge opérationnelle reste positive autour de 7 %, soutenue par le pricing power des marques Jeep et Ram. En Europe, la marge chute sous les 3 %, plombée par le coût de la transition électrique, les normes CAFE et l’agressivité tarifaire des constructeurs chinois.
L’Amérique du Sud, longtemps discrète, devient un relais essentiel avec une marge supérieure à 12 % portée par Fiat au Brésil et en Argentine. Maserati, en revanche, reste déficitaire et fait l’objet d’une revue stratégique. Cette asymétrie crée un risque de fragmentation industrielle : produire localement aux États-Unis devient impératif, ce qui implique des investissements lourds.
Pour suivre les évolutions financières et géopolitiques qui pèsent sur les grands dossiers cotés, la Salle des marchés fournit des analyses régulières aux investisseurs particuliers comme institutionnels.
Comparaison avec les concurrents européens
La décote actuelle du titre se mesure surtout par rapport aux pairs. Stellantis se traite à environ 3 fois ses bénéfices attendus 2025, un multiple historiquement bas pour un constructeur de cette taille.
Renault et Volkswagen
Renault affiche une trajectoire inverse avec une marge opérationnelle qui a franchi les 8 % en 2024 et un titre en hausse de 30 % sur un an. Le redressement opéré par Luca de Meo sert désormais de référence dans le secteur automobile européen.
Volkswagen souffre également mais bénéficie d’un portefeuille premium plus large via Audi et Porsche. Sa capitalisation boursière reste deux fois supérieure à celle de Stellantis, alors même que le chiffre d’affaires combiné des deux groupes est comparable. L’écart de valorisation interpelle.
Toyota et constructeurs chinois
Toyota domine largement le secteur avec une marge supérieure à 11 % et une stratégie hybride payante. Le japonais sert de mètre étalon en termes de rentabilité industrielle et de discipline capitalistique.
Les constructeurs chinois comme BYD ou Geely grignotent désormais les parts de marché européennes de Stellantis. Leur structure de coûts, deux fois inférieure, met une pression durable sur les marges opérationnelles du segment électrique, malgré les droits de douane européens instaurés fin 2024.
Citation d’autorité de Bertrand Rakoto sur la transformation du secteur
Bertrand Rakoto, expert automobile reconnu et fondateur de Ducker Frontier, résume bien la situation : selon lui, l’industrie automobile traverse sa plus profonde mutation depuis l’apparition de la chaîne d’assemblage, et seuls les groupes capables d’arbitrer rapidement entre thermique rentable et électrique stratégique survivront à la décennie.
Il insiste sur le fait que Stellantis dispose des atouts industriels nécessaires, notamment la plateforme STLA modulaire qui doit équiper toutes les futures marques automobiles du groupe. Le problème, selon lui, est d’ordre exécutif : la cadence d’arrivée des nouveaux modèles électriques accuse un retard de douze à dix-huit mois sur Renault ou Hyundai.
Cette lecture est partagée par plusieurs analystes sell-side, qui maintiennent toutefois un objectif de cours moyen autour de 12 euros à douze mois.
Les scénarios de valorisation pour 2027
À deux ans, le potentiel de revalorisation dépend essentiellement de la capacité du nouveau management à restaurer la confiance et les marges.
Hypothèse haute avec retour aux marges 2023
Dans le scénario optimiste, Antonio Filosa parvient à ramener la marge opérationnelle ajustée vers 9 à 10 % d’ici 2027, en réduisant la voilure sur les modèles déficitaires et en accélérant le lancement de la plateforme STLA Medium.
Les leviers identifiés sont :
- Rationalisation du portefeuille de quatorze marques automobiles autour des piliers rentables.
- Hausse du contenu premium aux États-Unis via Jeep et Ram.
- Partenariat industriel renforcé avec Leapmotor en Chine.
- Reprise progressive du programme buyback et d’une distribution exceptionnelle aux actionnaires.
- Stabilisation de la dette industrielle nette autour de zéro.
Dans ce cas, le titre pourrait revenir vers 18 à 20 euros, soit un doublement par rapport aux niveaux actuels.
Hypothèse basse avec pression chinoise persistante
Le scénario défavorable suppose une accélération de la pénétration chinoise en Europe, un échec commercial des modèles électriques Stellantis et une marge bloquée autour de 4 %. La pression sur le free cash flow forcerait alors une nouvelle coupe du dividende.
Dans cette configuration, la valorisation de l’action Stellantis pourrait stagner entre 7 et 9 euros, voire tester les 6 euros si une récession américaine venait s’ajouter à l’équation. Le titre resterait alors une value trap classique du secteur cyclique.
Entre ces deux bornes, le scénario central retenu par le consensus se situe autour de 13 euros à horizon 2027, soit un rendement annualisé attractif pour qui accepte la volatilité. L’action Stellantis en bourse reste donc un pari binaire sur l’exécution du nouveau plan, à réserver aux investisseurs patients et diversifiés.











